Qu'est-ce que la douceur ?
Les artistes et chercheurs rassemblés pour ce numéro détournent l'idée qu’elle serait un certain type de mouvement (arrondi, fluide, modéré…) ou de travail : la douceur est peut-être, avant tout, ce qui nous échappe. Quelque chose comme un processus, ou même une stratégie, susceptible de contourner les hiérarchies, de fonder un écart, pour reprendre un terme de Régine Chopinot, voire une résistance, comme le souligne Sophie Lessard.

À partir de la douceur, les artistes nous parlent alors des opérations par lesquelles ils introduisent – dans les rapports de pouvoir, dans les habitudes sclérosantes, dans les préjugés – de subtils décalages. Les méthodes somatiques, dites "douces", invitent ainsi à déstabiliser les logiques de la formation et de l'entraînement du danseur. Des douceurs inattendues émergent aussi : l'organisation de l'espace d'une performance, l’élaboration de situations visant à « lâcher prise », ou encore la pratique des outils imaginés par Rudolf Laban viennent suspendre les codes, insinuer des nuances.

La douceur, dans ces témoignages, est donc le lieu d'une dérive – mais une dérive fondée sur une extrême précision. Un entre-deux délicat, qui voudrait inviter chaque lecteur à créer « du jeu » dans son rapport à la danse, au corps, dans ses habitudes de regard et de discours.