« Depuis sa première apparition dans l’Hexagone au début du XXe siècle, la danse japonaise fascine le public français et elle assume une visibilité importante dans la toile culturelle du pays à divers moments de son histoire. Fort présentes aujourd’hui, sous des formes extrêmement variées - de l’intérêt marqué pour les artistes issus des arts traditionnels (Nô, Kabuki, cérémonies...) au soutien que reçoit le butô, en passant par l’accueil de Saburô Teshigawara à l’Opéra de Paris - les propositions de danses japonaises en France sont variées. Étudier ce phénomène pose ainsi des questions fondamentales concernant les frontières et les classifications en danse. Faut-il privilégier la géographie dans l’analyse de la réception des gestes ? Comment peut-on éviter de s’enfermer au sein de catégories nationales sans pourtant ignorer l’impact des rencontres avec les artistes japonais, dont témoigne régulièrement le public français ? 

Dans son livre Le butô en France : Malentendus et fascination, Sylviane Pagès souligne la nécessité d’une pensée non-linéaire afin d’aborder ces questions de transmission et propose d’abandonner la notion traditionnelle de l’influence. Ce terme, précise-t-elle, néglige des dimensions complexes des gestes qui ne se limitent pas à un seul héritage ou à une chronologie continue. 

Ce numéro explore l’histoire de la danse japonaise en France comme une constellation, une série de rencontres et de croisements, tous styles et époques confondus. En effet, cette matière ne peut être réduite à un simple échange binaire entre deux pays ou au contraste de deux cultures - elle reste extrêmement pluraliste. Depuis l’implication de l’américaine Loïe Fuller dans la promotion d’une certaine image du spectacle japonais en France, de nombreux partenariats, lieux d’accueil, croisements artistiques et techniques, ainsi que des projets d’échanges continuent d’évoluer en lien avec les danses japonaises sur les scènes françaises. Nous espérons que les textes de ce numéro serviront en tant que point de départ afin d’encourager de futures explorations de cette histoire riche et multiforme.
Marisa Hayes , rédactrice en chef