Des danses de Sabbat aux solos de la danse moderne, de la danse de Salomé aux personnages de ballet... La danse occidentale est traversée par la figure de la sorcière. Nous avons souhaité questionner ces représentations de la femme dansante, inscrites dans l'imaginaire collectif.

De façon troublante, il s'est avéré que « penser la sorcière en danse » conduisait les danseurs et chercheurs à faire jaillir des survivances, des résurgences, d'étranges correspondances entre des époques et des cultures différentes. La Danse de la sorcière de Mary Wigman peut renvoyer aux danses funéraires du Mali ; le fantôme de danseurs de butô hante la sorcière incarnée aujourd’hui par Latifa Laâbissi ; la féminité paradoxale du personnage de Médée chez Martha Graham fait écho aux sorcières des ballets romantiques... Rompant les fils de la chronologie et les assignations géographiques, ces textes tissent une histoire de la danse foisonnante et inattendue.

La figure de la sorcière, rejouant les frontières de l'humain et du monstrueux, convoque aussi des souvenirs intimes, des expériences limites. Elle questionne chacun de nous sur la puissance de ses peurs et de ses désirs : ce numéro nous invite à plonger dans les zones troubles où le corps et la pensée, conjointement, « dévient du droit chemin ». Ainsi, le thème de la métamorphose traverse l'ensemble des textes. Transformer l'autre, se transformer soi-même : la sorcière ne nous parle-t-elle pas, fondamentalement, du travail du danseur ?